Le journal de l’atelier · rénovation de tapis
La réputation d’une teinture ne garantit rien.
Aucune règle
ne se lit à l’œil.
Ni l’âge ni l’origine ne disent la solidité d’une couleur. La garance donne des rouges brique à cramoisi, l’indigo un bleu profond, la cochenille un carmin : des teintures anciennes, dont la réputation de solidité est trompeuse. La garance pâlit ou brunit selon le mordant, le sel qui fixe la couleur sur la laine ; la cochenille, elle, réagit au pH. Dans un même tapis, la tenue varie déjà d’un bain de teinture à l’autre. Du côté de la synthèse, les premières générations de colorants comptent des teintes parfaitement stables à côté d’autres qui partent au premier contact.
Ce qui dit la solidité, c’est un essai, mené couleur par couleur. Une variation de nuance en bandes — l’abrash — n’est ni un défaut ni une preuve de teinture naturelle : elle peut venir d’un changement de bain pendant le tissage, d’une autre fibre, d’un mordançage inégal, d’une exposition à la lumière, parfois d’une restauration ancienne. Elle se documente donc avant toute décision. Un tapis surteint, lui, a reçu une couche de couleur par-dessus son dessin d’origine ; cette couche-là migre plus volontiers que le reste et masque parfois d’anciennes reprises. D’où un réflexe d’atelier : regarder le revers avant l’endroit, puisque c’est là que l’écart se lit.