Le journal de l’atelier · tapisserie
Un métrage,
ce n’est pas une surface.
Le réflexe naturel consiste à mesurer le siège et à en déduire une quantité. Le métier procède autrement. L’étoffe arrive en rouleau, d’une largeur donnée, et le tapissier y découpe des pièces entières — une assise, un dossier, deux joues, des manchettes, des passepoils, parfois une jupe. Ce qui coûte des mètres, ce n’est donc pas la surface du fauteuil : c’est tout ce qui ne rentre pas dans la largeur du rouleau.
Cela explique un rapport qui n’a rien de proportionnel. Une chaise se compte en un mètre là où un canapé trois places en réclame quatorze à dix-sept, alors qu’il est loin d’être quatorze fois plus grand. Pour une série, la logique change encore, puisque les sièges se coupent ensemble et que le dessin doit se poursuivre de l’un à l’autre. La réfection de chaises et celle d’un fauteuil isolé ne se calculent pas du tout de la même façon.