Un siège se situe par sa forme, pas par son étoffe : quelques détails de pied, de dossier et de bras suffisent le plus souvent. Voici l’ordre dans lequel nous les lisons à l’atelier pour situer un siège ancien, et ce que la réponse change une fois le fauteuil sur le chevalet.
Examinez le siège dans cet ordre : les pieds, la ligne du dossier, les accotoirs, puis la finition. Un pied cambré à genou saillant annonce le registre Louis XV ; un pied fuselé et cannelé, le Louis XVI ; un pied en sabre, le Directoire. Le dossier haut sur bois apparent désigne un Voltaire, la silhouette basse entièrement couverte un crapaud, les joues pleines une bergère. Le style se lit sur la forme, jamais sur le tissu : celui-ci a souvent été refait plusieurs fois au cours de la vie d’un siège.
Le journal de l’atelier · tapisserie
Le nom arrive
en dernier.
On nous annonce presque toujours un nom avant de nous montrer le siège : « c’est du Louis XV », « ça vient de ma grand-mère ». L’appellation circule dans les familles, sur les étiquettes de brocante, dans les annonces. Elle n’est pas fausse pour autant. Simplement, elle décrit rarement ce que l’on a sous les mains, parce qu’un siège porte souvent une forme d’un siècle, une carcasse d’un autre et une garniture d’un troisième.
On commence toujours par le bas, parce que le pied est la pièce qu’on remplace le moins : il garde la ligne d’origine quand tout le reste a été refait. On remonte ensuite vers le dossier, puis vers les bras, que les réfections successives déforment davantage. Ces indices se lisent sans rien démonter, à condition de regarder le fauteuil de profil et non de face : le profil donne la courbe, l’inclinaison du dossier, l’épaisseur de la garniture — tout ce que la vue de face écrase.
| Le siège ou le style | Ce qui le trahit | Époque la plus courante |
|---|---|---|
| Louis XV | Pied cambré à genou saillant, courbes continues, coquille décentrée, dossier creusé en cabriolet | Vers 1730-1770, puis copies en nombre au XIXe siècle |
| Louis XVI | Pied fuselé et cannelé, dé à rosace reliant le pied au bâti, dossier médaillon ou carré | Vers 1765-1790, repris depuis le milieu du XIXe siècle |
| Directoire | Pied sabre, dossier renversé, décor sobre : palmettes et losanges | Vers 1790-1804 |
| Voltaire | Dossier haut et cambré, accotoirs de bois apparent, manchettes garnies — les coussinets posés sur les bras —, pieds visibles | XIXe siècle, de la Restauration à Napoléon III |
| Crapaud | Assise basse et profonde, dossier arrondi continu, carcasse et pieds masqués par le textile | XIXe siècle, surtout sous Napoléon III, puis reproduit sans arrêt |
| Bergère | Joues pleines garnies sous les accotoirs, assise profonde, coussin amovible fréquent | Type du XVIIIe siècle, décliné jusqu’à aujourd’hui |
| Club | Bras pleins souvent roulés, dossier bas à moyen, carcasse invisible, coussin d’assise distinct | Début du XXe siècle, puis largement industrialisé |
| Bridge | Une place, accotoirs présents : ce sont les proportions qui font le nom | Plusieurs styles et périodes : à décrire, pas à dater |
Le profil
Le dessous
La ligne de finition
Ce que le nom ne dit pas
Un style se copie,
une carcasse se date.
Une forme Louis XV a été produite au XVIIIe siècle, puis au XIXe, puis au XXe, et elle se fabrique encore. Les ateliers du XIXe ont repris ces modèles avec une qualité qui dépasse parfois celle des productions provinciales du XVIIIe : un siège de style n’est pas un siège au rabais. La formule juste, en langage de métier, ressemble à ceci : « de style Louis XV, fabrication probable de la seconde moitié du XIXe siècle ». Elle décrit ce qui se voit et laisse la datation ouverte tant que la carcasse n’a pas été examinée.
Le dessous du siège raconte le reste : il garde la mémoire des campagnes successives de garniture. C’est pour cela que le dégarnissage se fait lentement, couche par couche, et qu’un échantillon de l’ancienne étoffe se conserve avec le siège. Ces traces pèsent souvent plus lourd que la silhouette pour dater une carcasse, et elles orientent la décision de refaire ou remplacer un fauteuil.
Du diagnostic au métrage
Identifier le siège n’est pas un exercice d’érudition : c’est ce qui commande le métrage, le choix de l’étoffe et la finition. D’une chaise à un canapé deux places, la quantité de tissu passe d’environ un mètre à plus de dix ; les fourchettes siège par siège sont réunies dans notre article sur combien de mètres de tissu prévoir pour un fauteuil. Un motif à raccorder, ou un velours dont le sens impose une coupe unique, ajoute encore des mètres.
Le type commande aussi la méthode. Un fauteuil Voltaire garde son bois apparent et ses manchettes : la couverture s’arrête net sur la feuillure, et la finition se voit. La réfection d’un crapaud demande au contraire de tenir une courbe continue, du dossier aux joues, sans une cassure. Une bergère se travaille en plusieurs garnitures distinctes, joues comprises, plus un coussin. Un fauteuil club en cuir demande encore un autre savoir-faire, celui de la peau : elle se coupe, se coud et se tend selon ses propres règles — même atelier, autre geste.
La silhouette donne un registre, pas une date. La datation se confirme sur la carcasse : nature du bois, type d’assemblage, traces d’outil, anciennes fixations, régularité des sciages. Ces indices apparaissent au dégarnissage ou en démontant une partie du siège. Avant cela, mieux vaut dire « de style Louis XV » que de trancher un siècle.
Une bergère ferme l’espace entre l’accotoir et l’assise par des joues garnies ; un fauteuil à la reine ou un cabriolet, c’est-à-dire à dossier creusé, laisse ces côtés ouverts. Ces joues prennent appui sur des montants de carcasse : un siège qui n’en possède pas ne devient pas une bergère par un simple regarnissage. Le coussin d’assise, lui, s’ajoute ou disparaît au fil des réfections.
Regardez le bas des pieds et la hauteur d’assise. Un pied raccourci a perdu sa terminaison — sabot ou roulette — et s’arrête à plat, sur un bois souvent plus clair que le reste. Une assise anormalement basse pour la famille du siège, ou quatre extrémités sans la moindre usure ancienne, désignent la même intervention.
Pas à eux seuls. Un clouage soigné, posé un à un le long de la feuillure, appartient à une tradition ancienne, mais il a pu être refait hier. Ce qui renseigne vraiment, c’est l’alignement des anciens trous sous la finition actuelle : un clouage refait retombe rarement exactement dans les trous du précédent.
Le style oriente sans imposer. Les sièges du XVIIIe reçoivent volontiers soieries, damas, lampas et velours ; le XIXe accepte des étoffes plus lourdes et une passementerie plus présente. L’usage réel compte autant : un fauteuil de lecture quotidien et un siège d’appoint n’appellent ni la même construction de tissu ni la même résistance.
Souvent oui. La question ne se joue pas sur l’âge mais sur la carcasse : un bois massif, assemblé, dont les bords tiennent encore les fixations, a été conçu pour être regarni plusieurs fois. Beaucoup de sièges du XIXe sont d’excellente fabrication et se reprennent très bien, une fois la carcasse examinée. Nos réfections sont garanties 10 ans, uniquement sur la tenue des travaux réalisés.
Envoyez-nous des photos de face, de profil et du dessous : nous vous dirons vers quel registre penche votre siège et ce qu’il faudra vérifier à l’examen, avec une réponse personnalisée et une première estimation sous 48 h.
Nos ateliers sont installés à Sartrouville (78) et à Nanterre (92) : nous intervenons dans tout Paris et en Île-de-France.
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