Le galon qui se décolle
Un galon posé à la colle seule finit par bâiller aux angles, là où la traction est la plus forte. Un galon se coud, ou se fixe par points espacés, et la colle ne sert qu’à le maintenir le temps du travail.
Le galon, les clous, le passepoil et la couture invisible ferment le travail : ils tiennent le bord de la couverture et donnent au siège sa ligne. Voici comment chaque famille se choisit, et pourquoi un bord bien fermé en dit long sur ce qu’il y a dessous.
La finition ferme le bord de la couverture, masque les fixations et dessine la ligne du siège. Le galon convient aux bois moulurés et aux sièges classiques, le cloutage aux cuirs et aux bords droits, le passepoil aux formes courbes et aux tissus souples, la couture invisible aux sièges dont le bois sculpté doit rester dégagé. Le choix se fait sur le siège, jamais sur catalogue.
Le journal de l’atelier · tapisserie
Une finition
n’est pas un détail.
Sur un siège garni, la couverture ne s’arrête pas toute seule. Elle est tendue, rabattue sur le bâti, puis fixée : autrefois à la semence, aujourd’hui le plus souvent à l’agrafe. Ce bord de fixation est brut : il laisse voir les têtes, les plis de retour et la limite exacte où le tissu a été coupé. La finition ferme ce bord. Elle protège la coupe de l’effilochage et empêche la couverture de reculer sous l’usage. Elle trace aussi la ligne que l’œil suivra.
Elle a aussi un rôle de composition. Un galon large tasse un dossier et mange la sculpture ; un passepoil fin allonge une courbe. Sur deux chaises identiques, la même étoffe ne produit pas le même siège selon que le bord est clouté, galonné ou simplement cousu. C’est pourquoi la finition se décide devant la pièce, une fois la garniture faite, et non au moment de commander le tissu. Regardez le bord de votre siège dans un angle plutôt qu’au milieu d’une traverse : c’est l’angle qui montre la qualité de la pose.
| La finition | Apports | Où on la trouve | Exigences |
|---|---|---|---|
| Galon, ou lézarde pour les galons étroits | Un bord net, une ligne dessinée, la sculpture protégée | Sièges classiques à bois apparent mouluré, chaises, bergères | Une pose cousue ou collée avec retenue, un raccord d’angle juste |
| Clous de tapissier | Un bord tenu mécaniquement, un rythme, un accent de matière | Cuirs, toiles épaisses, bords droits, fauteuils de bureau et clubs | Un bâti sain, un espacement constant, un diamètre proportionné |
| Passepoil simple ou double corde | Une arête souple qui suit les courbes sans casser | Fauteuils entièrement couverts, canapés, dossiers galbés, sièges contemporains | Un cordonnet (l’âme) bien choisi, un biais coupé dans le bon sens |
| Finition cousue invisible | Rien à voir : le tissu paraît s’arrêter seul | Sièges dont le bois sculpté doit rester libre, étoffes fines | Un bord replié bien régulier (le rentré) et un point caché fait à la main |
| Franges, crêtes et cordons | Un bas de siège habillé, une profondeur de plus | Sièges d’apparat, canapés anciens, décors coordonnés | Une hauteur et un dessin accordés au siège |
Un galon posé à la colle seule finit par bâiller aux angles, là où la traction est la plus forte. Un galon se coud, ou se fixe par points espacés, et la colle ne sert qu’à le maintenir le temps du travail.
Un cloutage se trace avant de se poser. Sans repère, la ligne serpente, les têtes se chevauchent par endroits et s’écartent ailleurs. Sur un bord courbe, l’espacement se recalcule tête par tête pour rester constant d’un bout à l’autre.
Une arête de passepoil doit garder la même épaisseur sur toute sa longueur et rester à égale distance du bord. Quand elle grossit dans un angle, c’est que l’âme n’a pas été dégarnie — amincie à cet endroit — avant la couture ; quand elle vrille, la bande de tissu a été coupée dans le droit fil au lieu du biais.
Une fixation apparente sous le bord, un pli de retour qui déborde : la finition n’a pas été anticipée. Le rattrapage consiste alors à élargir le galon, donc à charger le siège.
Sur un siège à bois mouluré, le galon se loge dans la feuillure, cette rainure creusée dans le bois pour le recevoir. Quand il grimpe sur la moulure, il éteint le dessin et masque la sculpture qu’il devait border.
Choisir sans se tromper
Le velours
n’aime pas les lignes fines.
Un velours épais supporte mal un galon mince : le poil se couche contre l’ornement et le bord se salit vite. Un cuir appelle le clou, parce qu’il tient la traction et ne s’effiloche pas. Une soie ancienne, elle, ne reçoit ni clou ni colle : on la borde d’un passepoil cousu, qui se dépose un jour sans rien emporter. Le lin, enfin, se froisse à l’angle et demande un bord qui pardonne, donc une arête souple plutôt qu’une ligne rigide.
Le style tranche ensuite. Une chaise Louis XVI à bois apparent se termine au galon ; un fauteuil de bureau en cuir se cloute ; un club entièrement couvert se passepoile. Si vous hésitez sur l’époque de votre siège, nos repères pour reconnaître le style d’un fauteuil ancien donnent les indices à regarder : ligne du dossier, pieds, accotoirs — et justement, présence de clous ou de galon.
La question qu’on nous pose
Oui, dans bien des cas. Un galon décousu se refixe, un clou manquant se remplace à l’identique dès lors que le modèle existe encore, une frange se démêle et se remet en forme. Ces reprises se font sans toucher à la garniture, sur un siège dont le reste est sain. C’est souvent le cas sur une chaise de salle à manger, dont le bord est très exposé.
Il arrive aussi que le bord annonce autre chose. Passez le doigt le long du galon : s’il se décolle sur toute une traverse, c’est en général que la couverture a bougé, donc que la garniture a perdu sa tension. La reprise passe alors par la réfection d’un fauteuil, ou par la restauration d’une bergère quand les manchettes et le dossier enveloppant sont en cause. Le plan de cloutage et le tracé du galon d’origine se relèvent avant la dépose, pour pouvoir être restitués. Le détail des interventions figure sur la page de l’atelier de tapisserie d’ameublement.
Les deux gestes existent, mais ils n’ont pas la même valeur. Sur un siège ancien, le galon se coud au point caché ou se fixe par points espacés : la reprise reste possible plus tard, sans arracher de fibres. La colle seule sert au maintien provisoire, le temps que la couture se fasse ; en vieillissant, elle durcit, traverse le tissage et laisse une marque brune difficile à reprendre.
Cela dépend de la finition en place. Un galon se remplace par un autre de largeur égale ou supérieure, puisqu’il doit couvrir la même ligne de fixation. Passer du clou au galon est simple, le galon masquant les anciens trous ; l’inverse suppose un bâti sain. Le passepoil, lui, est pris dans la couture : il ne se change pas sans découdre la couverture.
Le passepoil est une âme unique glissée dans une bande de tissu coupée en biais, puis prise dans la couture : il souligne une arête. La double corde, ou double passepoil, aligne deux âmes côte à côte et se pose sur le bord terminé, à la manière d’un galon. La première structure la forme, la seconde habille le bord.
Chaque fois qu’elle tient encore, oui. Un galon d’époque, même passé, porte le dessin et la couleur voulus pour ce siège ; il se nettoie, se consolide et se repose. L’implantation se photographie et le tracé se relève avant toute dépose, afin de pouvoir restituer la même ligne si le remplacement devient inévitable.
Mal choisie, oui. Un clou trop long traverse le bois et ressort à l’intérieur du bâti ; un cloutage jointif sur une traverse fragile finit par la fendre. Le diagnostic avant devis sert d’abord à cela : vérifier l’épaisseur des traverses et l’état du bois avant de choisir le bord.
Il se dépoussière, c’est le geste d’entretien courant : une brosse souple ou l’aspirateur à faible puissance, à travers un voile de tulle pour ne pas aspirer les fils. Les détachants liquides, eux, migrent dans l’épaisseur du galon et laissent une auréole en séchant. Un galon très encrassé se dépose, se nettoie à plat, puis se repose.
Décrivez-nous la pièce et montrez-nous le bord de près, à l’angle si possible. Nous vous répondons sous 48 h avec une première estimation, et nous vous disons si la finition seule suffit. Nos réfections sont garanties dix ans sur la tenue des travaux réalisés.
Les sièges arrivent à nos ateliers de Sartrouville (78) et de Nanterre (92) ; l’enlèvement et la livraison sont offerts à Paris et partout en Île-de-France.
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